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Mais pourquoi la France fait-elle semblant de ne pas voir la menace islamiste qui pèse sur la Syrie ?

De retour de Syrie, Gérard de Villiers a pu rencontrer quelques acteurs avertis du conflit qui frappe le pays. La vision qu’il en propose s’écarte largement de la version officielle française.

La semaine dernière à Beyrouth, j’ai rencontré l’un des responsables du service de renseignement syrien, francophile, francophone et stupéfait. « Pourquoi, m’a demandé A. K., la France se déchaîne-t-elle contre le régime de Bachar El Assad ? Qu’est-ce qu’on vous a fait ? Nos relations étaient revenues au beau fixe depuis l’invitation du président Bachar à paris le 14 juillet 2008. Pourquoi votre ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, travestit-il systématiquement la vérité alors qu’il la connait parfaitement ? Depuis un an, en Syrie, il ne s’agit pas de forces de sécurité massacrant aveuglement des civils innocents mais de l’affrontement entre, le gouvernement de Bachar El Assad d’une part et, des groupes armés de matériels légers d’autre part, menés par les Frères musulmans syriens, soutenus par l’Arabie Saoudite et le Qatar dont le but est de renverser le régime alaouite des Assad. »

J’aurais aimé pouvoir réfuter les arguments de cet homme, membre éminent d’un régime connu pour sa brutalité, sa férocité et la main-mise qu’il a pris sur la Syrie depuis quarante ans. Régime connu aussi pour sa propagande souvent à l’opposé de la réalité. Hélas, ce que m’a dit A.K. correspondait parfaitement à ce que je savais et ce que savent les services de renseignement occidentaux.

Pourquoi les islamistes veulent la chute de Bachar El Assad

Les islamistes, Frères musulmans, l’Arabie Saoudite, et le Qatar ont juré la perte de Bachar El Assad pour deux raisons. D’abord, il s’agit de casser « l’arc chiite » qui va de l’Iran au Hezbollah libanais en passant par une partie de l’Irak (chiite à 65%) et la Syrie. Ceci, afin d’affaiblir Téhéran, ennemi juré de l’Arabie Saoudite. Ensuite, la Syrie est le dernier Etat laïque de la région depuis la disparition de l’Irak de Saddam Hussein, baassiste lui aussi.

Cela, les islamistes ne peuvent le supporter. En un an, ils ont pris le pouvoir en Tunisie, en Libye, et sont en train de le faire en Egypte. On m’a dit à Beyrouth que le roi Abdallah n’en dort plus de voir la Syrie résister. Le régime des Assad explosé permettrait d’instaurer en Syrie un état islamiste où les chrétiens de Syrie n’auraient plus de place. Ils sont environ 9%. La devise des Frères musulmans syriens est « Les alaouites au cimetière, les chrétiens à Beyrouth ». Quand on sait ce qui est arrivé aux chrétiens d’Irak et aux coptes d’Egypte, on peut les croire sur parole.

Alors, pourquoi cette condamnation du régime Assad avec tant de virulence par la France ? Alain Juppé se drape dans la défense des Droits de l’Homme et de la démocratie, faisant semblant de croire que les Frères musulmans syriens veulent instaurer un régime démocratique en Syrie, multiconfessionnel et pacifique.

C’est à mourir de rire ! Les Frères musulman, mouvement fondé en 1922, n’ont jamais été démocratiques. C’est un mouvement islamiste qui prêche la soumission au Coran.

Une information sur le conflit tronquée

Aujourd’hui, tous les médias occidentaux sont nourris d’informations venus de l’Association des droits de l’homme en Syrie, basée à Londres, qui est en réalité un faux nez des Frères musulmans. Dans le monde arabe, c’est Al Jazeera, à la botte du Qatar, qui répercute les mêmes informations. Toujours orientées dans le même sens.

Bien sûr, il ne s’agit pas de blanchir le régime syrien, féroce et autiste, accroché à ses privilèges. Il s’agit simplement d’avoir une vue plus équilibrée des événements.

Il s’agit d’une guerre civile où nous n’avons pas à intervenir. Principalement entre chiites et sunnites. La plupart des massacres de femmes et d’enfants égorgés sont le fait de vengeances interéthniques, comme jadis au Liban entre alaouites et sunnites, et non d’une volonté aveugle du régime de massacrer ses citoyens.

Nous n’avons rien à gagner à nous mêler de ce conflit, de prendre la tête du mouvement anti Bachar. Avec un acharnement qui frise le ridicule. Alain Juppé est probablement le seul homme politique à ignorer que la Russie ne lachera pas la Syrie, alliée stratégique. Pourtant, il continue de s’obstiner à tenter d’obtenir une décision du Conseil de sécurité.

Je n’ai toujours pas d’explications à cette attitude bizarre. L’exemple de la Libye aurait du nous servir de leçon. Les 300 millions d’euros dépensés par la France là-bas ont surtout servi à rétablir la polygamie et à transformer le pays en une nouvelle Somalie, livrée aux seigneurs de la guerre.

Au Moyen-Orient, il est préférable d’être prudent. Les erreurs se paient toujours très cher. Et parfois, très longtemps.

Gérard de Villiers pour Atlantico

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  1. 10 février 2013 à 13:41

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