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Information-émotion

( Blog  : I like your style – Article écrit par Nicolas le 20 mars 2012 à 15 h 24 min )

Hier soir, dans un journal télévisé quelconque :

« Vous Machin qui êtes sur place à Toulouse, quelles sont les dernières informations ?
– L’information, ici, c’est l’émotion… »

Cette phrase prodigieuse n’a semble-t-il été relevée par personne.

Elle résume cependant le verrouillage du système médiatico-politique français et son excellence en tant que machine de propagande depuis deux jours.

Soit une campagne électorale. Où une candidate d’extrême droite, du moins étiquetée telle, sort dans les données brutes des sondages avec des intentions de vote supérieures au président-candidat sortant. Au point que les sondeurs ont dû inventer la double-correction inverse : on corrige dans un sens pour tenir compte du fait que le sondé a du mal à avouer qu’il va voter FN, mais on corrige dans l’autre sens parce qu’il serait tout aussi inavouable de voter Sarkozy. Cela permet de sortir des données corrigées, seules publiées dans les grands médias, où la candidate dite d’extrême droite est remise à sa place correcte : troisième ou quatrième. Ce petit jeu dure depuis plusieurs semaines. Et précisions-le, malgré la diffusion répétée sur toutes les chaînes de télévision publiques de fictions et documentaires qui flétrissent le nazisme, l’intolérance ou le racisme — donc en visant implicitement la candidate d’extrême droite, puisque dans la représentation médiatique elle est assimilable, et même réductible, à cela.

Arrive une opportune tuerie, qui permet de rassembler à l’Élysée juifs et musulmans, de faire des déclarations contre on ne sait quelle intolérance non précisée, de transformer des minutes de silence dans les écoles en leçons compassionnelle sur l’antiracisme faites par des professeurs syndiqués, qui permet à toute la classe politique d’utiliser cette tuerie pour conforter le statu-quo politique et médiatique par lequel cette classe se maintient au pouvoir malgré les alternances de façade – on appelle ça d’un acronyme qui le résume : l’UMPS. Et, cerise sur le gâteau de la mésinformation émotionnelle, tout cela est fait alors qu’on entonne qu’il ne faut surtout pas « récupérer » politiquement ce drame.

Qu’est-ce qui empêche alors un esprit un peu critique de se dire qu’un tel drame est curieux. Qu’il est étrangement opportun de le voir se produire pile à ce moment là, en pleine campagne électorale qui allait tourner sans doute à l’effondrement du système d’alternance entre droite et gauche parlementaires ? Qu’est-ce qui empêche de parler, au moins à titre d’hypothèse, d’une opportune manipulation ?

Quoi sinon, précisément l’émotion, qui disqualifie par avance toute réflexion, qui paralyse tout esprit critique, qui interdit de ne pas se vautrer dans une unanimisme niais, qui n’analyse rien, qui oblige par la pression sociale issue de la pression médiatique à se livrer à l’émotion, laquelle coïncide donc avec l’information.

Faites l’expérience : prenez un sujet, essayez de lui expliquer que tout cela cinq semaines avant une élection c’est un peu gros. Qu’alors que tout le monde, hier, appelait à ne pas « récupérer » partait déjà d’une officine aussi abjectement politique que Sos-Racisme un communiqué mettant en cause un supposé « racisme » qui inspirerait le tueur de Montauban et Toulouse. Rajoutez pour faire bonne mesure que c’est assez opportunément dans un régiment où de prétendus néo-nazis ont été trouvés dans le passé que se manifeste un individu qui dit posséder des informations qu’il souhaite livrer à la police. On vous répond aussitôt que « quand même » tuer des enfants, ça ne peut pas être une manipulation. Ni même une récupération. L’émotion permet de venir au secours de l’idéologie qui flanche et de balayer la réalité pour manipuler l’opinion de l’électeur qui va voter dans quelque semaines. Vu avec un peu de cette froideur qui semble un péché ou un crime depuis hier, on ne peut pas en douter. Mais quiconque en parlerait se ferait écharper au moins médiatiquement. Et peut-être physiquement.

Non, l’émotion n’est pas légitime : elle empêche de penser. C’est même pour cela qu’elle est ainsi planifiée, utilisée, mise en scène. À des fins politiques. Par une classe politico-médiatique qui passe son temps à demander qu’on ne fasse pas ce à quoi elle se livre sous nos yeux mêmes.

Nous avions jusque là une campagne où personne ne racontait d’histoire. Nous voilà servis en termes de gros story tellling auquel la mère de famille qui dépose ses enfants à l’école va pouvoir accéder par une identification sommaire mais efficace. De même cette campagne n’était pas orientée comme doit l’être toute campagne du concret vers l’abstrait, du quotidien vers les grandes aspirations. D’un coup voilà mobilisées la conscience universelle, les valeurs de la république et du vivrensemble™ et toutes ces sortes de choses qui ont balayé le prix de l’essence, le coût de la vie, les impôts augmentés ou la viande halal.

Un événement aussi opportun et qui correspond ainsi aux principes les plus généraux de la communication politique ne peut être une manipulation. Pensez-vous. Mais l’émotion a aussi le don de rendre insupportable l’ironie ou la raillerie, ce que je dis là me disqualifie donc sans doute…

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