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«Tous les présidents français ont menti»

Pendant deux ans, Denis Demonpion et Laurent Léger ont enquêté sur la santé des présidents. Dans leur livre*, ils révèlent que François Mitterrand a reçu une injection pour mettre fin à ses jours et que Nicolas Sarkozy prend des médicaments énergisants non autorisés en France.

La santé des chefs d’État reste un sujet tabou, malgré de nombreuses promesses de transparence. Vous a-t-il été difficile de recueillir des informations?

Nous avons pu interroger de nombreux proches – des gardes du corps, des conseillers et des médecins de présidents français -, qui se sont montrés très coopératifs. La notion de secret médical est très élastique quand il s’agit d’un chef d’État. Un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme datant de 2004 stipule en effet qu’il s’applique à tous sauf au chef de l’État, pour lequel c’est le droit de l’information qui prime compte tenu de la responsabilité qui est la sienne.

En revanche, les hommes d’État rechignent à paraître diminués…

Ils ont horreur de ça, et tous, qu’ils soient de droite ou de gauche, essaient de se montrer au mieux de leur forme. Nous racontons par exemple comment Chirac s’est organisé une sortie magistrale du Val de Grâce après son hospitalisation pour un accident cardio-vasculaire en 2005. Les médecins nous ont raconté qu’il avait souhaité que tous soient là pour l’escorter. C’était une manière de dire aux Français: “Regardez, je suis un surhomme.”

Vous révélez que François Mitterrand, atteint d’un cancer de la prostate depuis 1981, demande le 6 janvier 1996 que l’on mette fin à ses souffrances au moyen d’une injection par intraveineuse, qui lui est administrée par un médecin dont le nom est tenu secret. Un acte illégal à l’époque…

L’information nous a été confirmée par plusieurs personnes. Jusque-là, il y avait beaucoup d’interrogations sur la mort de François Mitterrand. Depuis, il y a eu la loi Leonetti sur l’accompagnement de la fin de vie qui a donné un cadre légal à cette pratique, déjà connue. Même si aujourd’hui les faits sont prescrits, nous protégeons l’anonymat de ce médecin.

Fait plus amusant, vous racontez que le malaise vagal de Nicolas Sarkozy à la Lanterne en juillet 2009 s’est accompagné d’une certaine pagaille parmi les secours…

Dans un premier temps, les gardes du corps se précipitent. Le Samu suit après environ une demi-heure. Le médecin voit tout de suite qu’il n’y a pas d’organe vital touché, même si le malaise mérite d’être pris en considération et requiert des examens complémentaires. Au moment de transporter le chef de l’État à l’hôpital en hélicoptère, c’est la confusion entre secours civils et militaires, sur l’appareil à utiliser, car il y a des préséances. C’est d’ailleurs récurrent avec tous les chefs d’État, ces rivalités plus ou moins vives entre les différents médecins: militaire, civil, personnel…

Vous dites aussi que Nicolas Sarkozy prend pour «tenir» des médicaments n’ayant pas reçu l’Autorisation de mise sur le marché de l’Agence du médicament, nécessaire à leur commercialisation en France. Est-ce répréhensible?

Ce n’est pas illégal. Il s’agit simplement de produits que l’on ne peut acheter qu’à l’étranger. Ce sont des remontants, des substances énergisantes que prennent en général des sportifs. Je ne suis pas médecin, et même si j’imagine que ce n’est pas sans risque, je pense aussi que Nicolas Sarkozy doit solliciter l’avis médical de son entourage.

Vous mettez aussi en lumière l’insistance de Bernadette et Claude Chirac pour minimiser la gravité de l’accident cardio-vasculaire du chef de l’État en 2005.

Voir la femme et la fille du président peser sur la rédaction des communiqués des médecins, c’était du jamais vu! Tous les communiqués devaient être minimaux et ils l’ont été: ils évoquent un accident vasculaire mais ne disent dit nulle part que cela s’est produit au cerveau. On ne l’a su que des jours plus tard, à sa sortie. D’ailleurs cette intervention de l’entourage du président a provoqué un incident avec le Conseil de l’ordre des médecins, qui y a vu un abus. Les médecins militaires se sont ensuite rebiffés à leur manière, en faisant savoir qu’il était interdit à Jacques Chirac de voyager en avion – un indice sur la gravité de l’incident.

Constate-t-on une évolution vers plus ou moins de transparence?

Tous les présidents ont menti par action, de Pompidou à Sarkozy, De Gaulle étant le seul à n’avoir menti que par omission puisqu’il n’avait jamais promis de communiquer sur sa santé.

* Le Dernier Tabou: révélations sur la santé des présidents, de Denis Demonpion et Laurent Léger, Éditions Pygmalion, 19,90 euros.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/04/10/17947-sante-tous-presidents-francais-ont-menti

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