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Être une famille libérée, tu sais c’est pas si facile

Il paraît que la famille d’avant, accusée d’être antidémocratique et discriminatoire, c’est fini

« Mariage et adoption pour tous » : c’est avec cette formule primesautière qui sonne un peu comme « Eau et gaz à tous les étages » que Jean-Marc Ayrault a confirmé que la conjugalité et la parentalité seraient bientôt érigés au rang de droits inaliénables de l’homme et de la citoyenne. Et l’on imagine que le bonheur, la santé et la richesse compléteront promptement la liste.

Évidemment, on peut en rire, même si, s’agissant d’un tel sujet, on peut aussi trouver que nos gouvernants font preuve d’une certaine légèreté voire d’une coupable désinvolture. Il faut dire que les raisons avancées pour nous faire avaler cette avancée majeure ne laissent pas d’être comiques : c’est en effet sous l’enseigne de la lutte contre les discriminations que l’on s’apprête à remettre en cause par la loi l’antique division de l’humanité entre les hommes et les femmes. On connaît l’antienne, qui a presque les apparences du bon sens : si les couples mixtes (c’est-à-dire bêtement composés d’un homme et d’une femme) peuvent avoir des enfants, il serait injuste que les couples composés de deux hommes ou de deux femmes soient privés de ce bonheur. À ce compte-là, puisque certaines femmes naissent équipées de longues jambes et de poitrines avantageuses, il faudra bien que la collectivité trouve le moyen de réparer l’injustice faite aux autres. Toi aussi tu peux être blonde, grande et avoir des gros lolos.

La réforme annoncée par le Premier ministre s’inscrit donc dans le processus d’hyper-démocratisation qui touche peu ou prou tous les secteurs de l’existence humaine : de l’École à l’entreprise, en passant par l’hôpital et même par la prison où l’on demandera bientôt aux détenus d’évaluer leurs surveillants, le progrès social se mesure désormais à l’extension des droits des individus.

Mieux vaut le répéter : même à Causeur, nul ne souhaite le retour à l’ordre patriarcal d’antan. Autrement dit, il ne s’agit évidemment pas de regretter le temps où pères, maris et patrons exerçaient un pouvoir sans limites sur leurs enfants, épouses et salariées. Mais on ne jouit pas plus sans entraves que sous la férule d’un tyran. Et le sens commun sait bien que certains espaces ne peuvent pas être régis par les lois de la démocratie.
À en juger par le succès rencontré par l’idée de Vincent Peillon d’inscrire la morale laïque dans les programmes scolaires, une majorité de nos concitoyens, de droite comme de gauche, pense que c’est le cas de l’École. Il est fâcheux, cependant, et même décourageant que le ministre, à qui on demandait si cela signifiait que les élèves devraient se lever à l’arrivée du professeur, ait cru bon de répondre : « Ce n’est pas le sujet. Il ne faut pas confondre morale laïque et ordre moral. » Quoi qu’il en soit, on est en droit de penser que la famille, pas plus que l’École, ne saurait fonctionner suivant des principes démocratiques : à l’évidence, l’abolition de toute hiérarchie entre enfants et parents ne donne pas des résultats beaucoup plus heureux qu’entre élèves et professeurs.

En effet, comme le pointe Aldo Naouri, bien avant le mariage homosexuel, la destitution des pères et le combat mené contre toute forme d’autorité, tenue pour nécessairement autoritaire, avaient abouti à l’indifférenciation des fonctions parentales. C’est dans ce contexte que nous avons choisi de publier des extraits du texte que le sociologue américain Christopher Lasch a consacré, en 1977, au déclin de l’institution familiale, et dont les éditions François Bourin publient aujourd’hui la traduction. Car pour exotique et périmé qu’il puisse parfois sembler, il contient bien des clés pour comprendre la situation où nous sommes, voire pour sortir du piège que nous avons collectivement fabriqué. Encore faudrait-il pour cela que nous soyons capables d’admettre que les conquêtes engrangées sous l’étendard de la libération constituent peut-être une sérieuse menace pour notre liberté.

Causeur

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