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Éloge post-littéraire de Richard Millet

Je viens de dévorer « Langue Fantôme » suivi d’ « Éloge littéraire d’Anders Breivik », ces essais qui ont transformé un auteur établi en incarnation du mal. J’écris ce mot sans majuscule car ses stipendiaires sont trop obtus pour comprendre « Le Mal » : cela demande du recul, une profondeur que l’on atteint en examinant les idées les plus dérangeantes ou en plongeant physiquement les mains dans la fange de l’âme humaine.

Curieux, il me fallait absolument parcourir ces lignes qui avaient déclenché une telle apocalypse médiatique, cet acharnement indécent. Et là, j’ai découvert bien plus que je ne cherchai : la réponse à une question qui me taraudait depuis maintenant quinze années.

En préambule, je dois vous exposer les faits anodins, mais fondateurs de cette interrogation : né dans une famille de la gauche Jaurésienne (puis caviardisées), mon enfance a été bercée par l’interdiction de jouer avec le vulgaire ou de camper de longues heures devant la télévision. Par contre, j’avais l’immense liberté d’accéder à tout ouvrage, presque sans distinction ni limite de budget. La bibliothèque familiale, déjà riche de nombreux auteurs s’est donc agrandie sous la pression de mes acquisitions éclectiques, transformant ma chambre en pièce d’Ionesco.

Arriva le moment où j’avais englouti tous les auteurs classiques, les livres conseillés et les ouvrages de référence indispensables à un honnête homme. J’ai donc décidé de m’attaquer à l’œuvre des écrivains vivants, pensant trouver une progression, un complément à des auteurs que j’aimais comme Théophile Gautier ou Nerval. Et là, tout s’est effondré : je ne suis même pas capable de citer un seul des nombreux livres achetés puis délaissés au bout de trente pages tant les thèmes onanistes, la faiblesse de l’écriture, la nullité des intrigues et la fatuité des personnages me dégoûtaient.

J’étais désemparé : mon unique folle passion n’avait plus de quoi s’alimenter. Ce fut un vide que j’ai comblé en me jetant à corps perdu dans des activités plus physiques comme la Baise, la Picole et les Sorties. Je n’ai plus acheté de livre pendant deux ans au moins, moi qui brûlais en un mois le budget annuel de l’Ouganda.

Puis, héroïquomane en manque, j’ai relu.

Devenu totalement imperméable à l’écriture « Française » de la décennie, j’ai découvert l’Héroïc Fantasy et m’y suis plongé à corps perdu. J’ai même failli me réorienter de l’Histoire vers le « Français » pour rédiger une thèse sur le sujet, sans voir le paradoxe comique : associer à l’étude du « Français » des ouvrages écrits, pour une majorité, en Anglais.

J’avais fait mien le texte de Sprague de Camp, trouvé dans un « Conan le Barbare » qui définissait l’Héroïc Fantasy comme un mouvement clamant haut et fort son insignifiance en terme philosophique et sa perfection comme outil de plaisirs instantané, facile et infantile. J’ai applaudi cette folie nihiliste parce qu’à l’époque j’étais un gauchiste caricatural, mais aussi parce que ma passion contrariée cherchait une voie pour la réconciliation. J’ai choisi de lire du médiocre qui s’assumait plutôt que la prose dite sérieuse, aussi pitoyable que la première mais qui se poussait du col.

« Langue Morte » m’a donné la clé pour comprendre ce qui s’est passé dans l’écriture contemporaine et qui a entraîné chez moi ce dégoût profond de la chose littéraire depuis le milieu des années 90. J’ai compris aussi pourquoi j’étais dans une lecture aussi insatiable que frénétique de romans exotiques : je cherchais quelque chose de perdu, l’Etre littéraire, cet éclair de plaisirs pur que vous donne un texte juste.

Oh, bien sûr, j’ai trouvé des perles dans la boue : quelques passages véritablement originaux, remarquables, mais apparemment incomplets. En réalité, il ne manquait rien, on y avait ajouté la médiocrité horizontale d’un produit de consommation transculturel. Des livres écouillés, sans le petit plus de treize grammes qui font qu’un texte n’est pas une succession de symboles encrés sur un arbre mort mais un moellon dans la construction d’un homme, qu’il soit auteur ou lecteur.

Richard Millet m’a offert la rédemption par la compréhension. Je ne savais pas ce que je cherchais parce que je ne voyais pas que c’étais perdu. Je croyais naïvement en une continuité de l’œuvre littéraire vers un mieux, persuadé du progrès continu, et ignorant du changement profond que l’idéologie Trotsko-capitaliste avait infligé au monde de la pensée (Millet parle de socio-démocrates, je préfère ma définition qui n’est en rien un oxymore). J’ai lu les auteurs d’avant les ravages de l’idéologie, puis ceux d’après, les croyant « mieux » car « d’aujourd’hui ».

La réalité ne correspondant pas à mon présupposé, en bon petit gauchiste consumériste je me suis contenté de trouver des pommes plus sucrées plutôt que d’approfondir les raisons d’une situation qui m’ennuyait. « Langue Morte » m’a donné à comprendre et, je crois que c’est le but de Richard Millet, m’a redonné le goût du Beau, de sa contemplation et de sa recherche active.

Je ne peux que vous conseiller de lire et de relire ce court essai afin d’en retirer peu à peu la substantifique moelle car, je peux vous l’assurer, chaque phrase mérite que l’on s’y arrête et que l’on y réfléchisse. Reçu dédicacé il y a seulement soixante douze heures, j’en suis à deux lectures complètes et recommencerai ce soir.

Cela fait si longtemps que je n’ai pas lu pleinement.

De l’Éloge Littéraire d’Anders Breivik

Sachez qu’ABB n’est en aucun cas l’objet réel de ce texte. Breivik n’est qu’une persona de ce que Millet considère à juste titre comme la décadence occidentale. C’est parce qu’il décrit avec pertinence et sagacité cette même décadence que les médiocres (déjà étrillés dans « Langue Fantôme ») se sont rués sur lui avec toute la grandiloquence des Tartuffes démasqués.

Touchés dans leur orgueil, ils aboient en meute de châtrés hargneux pour détourner l’attention de son discours. Bien sûr, on peut estimer que certaines idées méritent d’être éventuellement nuancées ou qu’il frôle l’outrance en quelques occasions, mais ce ne sont que des péripéties d’écritures. Et puis, il pense comme bon lui semble, non?

Millet n’est pas dans l’explication, mais dans l’affirmation haute et claire d’une identité, d’une culture. Il a dépassé le stade où expliquer lui est nécessaire : le monde est séparé entre les tenants de l’acculturation, de la destruction supposée créatrice des œuvres du monde ancien, et ceux qui irriguent leur réflexion et leurs actes avec le sang, l’encre des anciens, et le chemin qu’ils ont éclairé pour nous.

Le procès/Pantalonnade médiatique, j’insiste, est une réaction de la cohorte des faquins à la mise en perspective de leur propre décadence, de leur médiocrité et de leur complicité inavouable avec la marchandisation de l’acte même d’écrire, de son dépouillement de toute fondation historique et même, chose inconcevable, la dilution, la disparition du concept même d’auteur, d’écrivain et, par extension, de littérature. L’« Éloge littéraire d’Anders Breivik » est le casus belli dérisoire du système en riposte à « Langue Fantôme », le texte de trop qui justifie l’assassinat littéraire, dans un monde post-littéraire, du révélateur d’une forfaiture qu’il ne supporte plus.

La boucle est bouclée : la post-littérature tue le dernier représentant de la Race des Écrivains, Camus gisant depuis le printemps dans son propre sang, marqué du stigmate infamant du patriotisme ringardisé et réactionnaire, lui, l’homosexuel précieux aux exquises manières surannées.

Merci Monsieur Millet : contre toutes attentes, vous m’avez redonné espoir. Leur médiocrité intellectuelle a déteint sur moi, vous le voyez en parcourant ces lignes, mais maintenant je sais contre qui et contre quoi je me bats. Ils m’ont volé le plaisir de lire pendant toutes ces années en détruisant l’Etre dans l’écriture et en quelques lignes vous avez réparé leur forfait. Cela n’a pas de prix… littéraire, et pourtant.

Votre débiteur à jamais,
ABRUTIX

Texte exclusif pour Place du Marché.

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