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Immigration et colonisation : ces sujets tabous de la gauche française

Bruno de la Palme explique pourquoi la gauche française a fait l’erreur de considérer le sujet de l’immigration comme un pré carré de l’extrême droite. Extraits de « 100 ans d’erreurs de la gauche française, va-t-elle recommencer ? » (2/2) – Première partie ICI

Pour les socialistes, le thème de l’immigration est tabou, car il appartient à l’extrême droite. On n’a donc pas le droit d’en discuter. Circulez, il n’y a rien à voir ! Gare à celui qui évoquerait le moindre problème sur le terrain à ce sujet. Le voile pudique médiatico-politique a ainsi recouvert la réalité de l’immigration pendant des décennies, confortant justement le Front national. Le parti de Le Pen, qui a réussi dans les années 70 à regrouper des groupuscules d’extrême droite d’essences fort différentes voire opposées, a prospéré en faisant de l’immigration son cheval de bataille.

Ses arguments chocs étaient ouvertement racistes et simplistes. Mais en refusant simplement d’en parler, toute la classe politique lui donnait raison. Nier qu’une immigration massive de nature culturelle et religieuse profondément différente de celle des Italiens et des Polonais au début du XXe siècle, puis des Portugais et des Espagnols dans les années soixante puisse poser des problèmes spécifiques, revenait à refuser de voir qu’il fait jour à midi. Cela offrait à Jean-Marie Le Pen la statue du commandeur de celui qui est le seul à oser en parler et lui ouvrait une autoroute électorale.

Le Front national a donc engrangé logiquement les voix de tous ceux qui vivaient sur le terrain une réalité aux antipodes des poncifs positivistes énoncés dans les beaux quartiers de la capitale. La droite classique, quand elle se risquait à l’évoquer, se faisait tancer par le camp de la gauche. Tantôt par les professionnels de la morale et de l’indignation vertueuse érigée en profession de foi – ceux que le regretté Philippe Muray a qualifié de « Mutins de Panurge, ces insoumis qui pullulent dans le parc d’abstractions de la modernité » – tantôt par le tribunal de la pensée qui se dressait alors pour condamner. Ceux là, Philippe Murray les appelés « les Matons de Panurge ». Entre les « Mutins » et les « Matons » de Panurge, on a interdit et bloqué tout débat !

Cette attitude était parfaitement hypocrite quand on sait, c’est historique, que Mitterrand a fait volontairement monter, dès 1984, le Front national en instaurant la proportionnelle lors de l’élection législative à un seul tour de 1986. La stratégie de Mitterrand est claire : jeter Le Pen dans le jeu de quilles de la droite pour la faire échouer. Le Front national ou la machine à perdre de la droite. Le 4 avril 1985, Michel Rocard, scandalisé par cette manipulation électorale dont il voit bien les raisons, démissionne de son poste de ministre de l’Agriculture du gouvernement Fabius.

Cela n’empêche pas les socialistes de perdre cette élection et pour Mitterrand de subir sa première cohabitation. Mais cela donne une tribune à Le Pen avec 32 députés Front national qui font leur entrée au palais Bourbon.

Voilà belle lurette que le vote ouvrier et populaire a déserté le Parti communiste comme le PS pour se réfugier au Front national. Il suffit d’observer l’évolution du vote depuis plus de 20 ans dans des cités ouvrières comme Toulon, Marseille ou certaines villes du nord pour le comprendre.

Les chiffres nationaux sont éloquents. En deux septennats, la gauche voit son électorat ouvrier traditionnel s’effondrer. 41% des ouvriers ont voté Mitterrand en 1988, 24 % en faveur de Jospin en 1995 et 13% seulement pour Jospin en 2002. Soit en deux septennats, une division par trois de l’électorat ouvrier pour le candidat de la gauche !

L’immigration a été très forte dans les années de croissance des trente glorieuses. La plupart des émigrés sont appelés de nos ex-colonies par le patronat. Une main-d’oeuvre bon marché, stable et peu syndiquée pour l’industrie française. Un fait décisif va entraîner le début des déséquilibres migratoires. Valéry Giscard d’Estaing décide par humanisme d’autoriser le regroupement familial dès 1976. Ce qui augmente d’un seul coup le nombre d’entrées, mais surtout incite des travailleurs à venir seuls en éclaireur sachant que leurs familles pourront suivre. Six ans plus tard, Mitterrand va ainsi régulariser 130 000 immigrés, donnant un formidable espoir à des milliers de pauvres et de désespérés d’Afrique qui rêvent de la prospérité française.

Durant la première cohabitation en 1986, la droite avec Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, donne un solide coup de barre en démarrant une vraie politique de reconduction des clandestins à la frontière. La gauche n’a de cesse de dénoncer cette répression.
Pourtant le président Mitterrand réélu reconnait à la télévision, en 1989, « qu’en matière d’immigration le seuil de tolérance a été atteint dans les années 1970 ». Rien n’y fait, les socialistes avec Pierre Joxe détricotent les mesures Pasqua, décidément l’homme le plus détesté par la gauche après Le Pen. Des recours sont introduits permettant aux clandestins d’échapper légalement aux mesures de reconduite à la frontière.
À gauche, quelques voix s’élèvent contre cet angélisme : en 1991, Michel Rocard parle de la France « qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde » et Édith Cresson, Premier ministre, ira jusqu’à parler de charters évoquant pour la première fois des reconduites à la frontière. Quelques mots mais rien de concret. En 1997, Jospin arrive à Matignon et décide une nouvelle vague de régularisations. Jean-Pierre Chevènement demande d’examiner les cas : sur 140 000 demandes, 80 000 sont régularisés. Mais les recalés ne sont pas reconduits à la frontière ! Clandestins, ils attendent le prochain tour des régularisations.

La politique de reconduite ne redevient effective qu’après la réélection de Jacques Chirac en 2002, Nicolas Sarkozy étant ministre de l’Intérieur. Le fameux camp de Sangatte dans le Pas de Calais, créé en 1999 pour héberger les centaines de candidats au passage clandestin en Angleterre, ne sera fermé qu’en janvier 2003 par la droite. Un seul pays d’Europe décide ensuite d’opter pour ces régularisations massives : l’Espagne dirigée par le socialiste Zapatero commet la même erreur que Mitterrand et Jospin. En mai 2005, pas moins de 700 000 immigrés sont légalisés. Quel signal ! Madrid s’attire les foudres des autres pays européens tétanisés par une telle décision. Car avec les règles de Schengen, les conséquences sont lourdes. Un immigré régularisé dans un pays a désormais vocation à pouvoir se rendre dans tous les autres États membres. Toute l’Europe est concernée.

En 2006, lors de la préparation du projet du Parti socialiste pour la présidentielle, Jack Lang, toujours chaussé de ses lunettes roses, continue inlassablement de réclamer la régularisation de tous les sans-papiers en France ! Cette brillante idée ne sera pas retenue. En 2012, François Hollande, dans son programme présidentiel, évoque des régularisations au cas par cas…Surtout pas d’annonce de chiffrage sur le nombre de ces régularisations, mieux vaut être prudent avant l’élection. En 2008, une étude du Monde estimait le nombre des sans papiers en France entre 200 000 et 400 000. Aujourd’hui, il existe même un site d’une association de gauche intitulée : « Ministère de la régularisation de tous les sans papiers » ! Cela a au moins le mérite d’être clair ! C’est ce que réclament un certain nombre d’intellectuels et de célébrités irresponsables, professionnels de la compassion, face auxquels micros et caméras toujours se tendent.

Bonne conscience gratifiante et qui ne coûte pas cher, vu du cinquième arrondissement de Paris. Notre planète vient de franchir le seuil des 7 milliards d’habitants ; nos gentils utopistes qui veulent accueillir tous les pauvres vont donc avoir de quoi faire.

Atlantico

Extrait de « 100 ans d’erreurs de la gauche française va-t-elle recommencer ?« , La boîte à Pandore ( 19 septembre 2012)

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