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La France face au phénomène d’une radicalisation rapide et imprévisible de citoyens français

Dix-sept jours après l’attaque d’une épicerie juive à Sarcelles, la police a démantelé samedi une cellule islamiste prête à passer à l’action. Peut-on savoir combien de profils similaires à celui de Mohamed Merah sont en France ? Qui sont-ils ?

Il est très difficile de donner des chiffres sur ce type de profil pour deux raisons principales. Premièrement, il s’agit de citoyens français qui bénéficient de tous les droits constitutionnels comme tous les autres citoyens ; et deuxièmement, et c’est le facteur le plus important, ils se radicalisent de façon tellement rapide que nous n’avons pas le temps véritablement de les « voir venir ». Quelqu’un qui, il y a quelques mois, n’avait rien à voir avec le djihadisme, qui était un délinquant « ordinaire » pour ainsi dire, pourrait devenir un djihadiste dangereux, voire un terroriste du jour au lendemain.

Il est donc très difficile, dans ces conditions, de donner un chiffre même approximatif sur le nombre de djihadistes en France. Car on ne sait pas combien il y en a à un moment donné, ni combien il y en aura dans six mois. Ce qui est certain c’est qu’on voit se répéter le même phénomène : celui d’une radicalisation rapide et imprévisible.

Existe-t-il une menace terroriste en France ? Pourquoi s’en rend-on plus compte maintenant ?

La menace terroriste en France est devenue plus pressante depuis début septembre pour plusieurs facteurs. Le premier, c’est qu’à l’occasion du onzième anniversaire du 11 septembre, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a publié un communiqué dans lequel elle menaçait la France à la fois de tuer les otages, et en mêmes temps de représailles si la France soutenait une intervention militaire au Nord du Mali.

Sur cela est venu se greffer un deuxième élément : le film anti-islam pour lequel aucune manifestation n’a été autorisée. Ainsi, la manifestation sauvage qui a eu lieu devant l’ambassade des Etats-Unis à Paris a focalisé l’attention de la mouvance salafiste djihadiste sur la France. Puis, sont arrivées dans la foulée les nouvelles caricatures de Mahomet qui ont renforcé la haine des djihadistes contre la France.

Enfin, plus récemment, l’activisme de la France sur le dossier malien pour lequel notre pays est apparu comme la seule puissance occidentale à vouloir soutenir une intervention militaire au Nord du Mali pour y déloger les islamistes. Tous ces facteurs sont intervenus au mois de septembre. La France est ainsi redevenue une cible prioritaire en revenant sur le devant de la scène djihadiste.

A propos de la cellule islamiste démantelée ce samedi, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a affirmé : « Il ne s’agit pas de réseaux terroristes qui viennent de l’extérieur, il s’agit de réseaux qui sont dans nos quartiers. Il ne s’agit pas d’étrangers. » Qu’en pensez-vous ?

Il est clair que c’est la principale évolution de la menace terroriste au cours des dernières années. La menace ne vient plus de l’extérieur du pays, comme pour le 11 septembre 2001 où tous les djihadistes ont pris l’avion pour se rendre sur le sol américain ou comme dans les années 1990, non, la menace vient désormais de l’intérieur du pays, en tout cas majoritairement. Car avec la pression sécuritaire et l’efficacité du renseignement et de la coopération internationale, il est devenu très difficile pour des combattants d’Al-Qaïda de venir sur le territoire national pour y perpétrer des attentats.

Le projet de loi discuté mercredi dernier veut répondre à cette nouvelle tendance où la menace est le fait de citoyens français qui vont se former djihad à l’étranger. Le mouvement s’est inversé en réalité. Il n’est plus de l’extérieur vers l’intérieur mais de l’intérieur vers l’extérieur, et il faut une réponse appropriée. L’arsenal juridique aujourd’hui vise davantage à lutter contre la menace qui vient de l’extérieur. Nous sommes donc dans une logique d’adaptation à une évolution récente et inquiétante du terrorisme dans laquelle se mêlent délinquance et djihadisme.

Le milieu carcéral est souvent mis en cause dans les phénomènes de radicalisation religieuse, notamment islamiste. Peut-on y remédier ?

Il n’y a pas que la prison. Le milieu carcéral favorise les conversions et la radicalisation car il s’agit d’un milieu confiné dans lequel les éléments radicaux sont éparpillés et peuvent donc contaminer les autres détenus. Mais il y a également le rôle de l’Internet qui est peu contrôlé aujourd’hui. Les organisations terroristes ont la possibilité, depuis la chute des régimes autoritaires dans les pays arabes, de diffuser énormément de documents sans contrôle – il n’y a plus de censure – mais aussi de diffuser des messages d’appel à la haine, à la guerre. Internet est ainsi redevenu une terre de prédilection pour le recrutement et la radicalisation.

Atlantico

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