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Plus sectaires qu’eux, tu meurs

Le traité budgétaire européen est donc passé, tel une lettre à la poste (vieille expression qui remonte à l’époque où la Poste était fiable) devant l’Assemblée nationale, comme prévu, et dans l’indifférence générale.

Indifférence qui est due, précisément, à ce que le résultat était connu d’avance, à l’absence de toute campagne de débat et d’explication préalable à la discussion d’un texte pourtant capital, au fait que le peuple français a été fermement prié, sur ce sujet comme sur d’autres, de ne surtout pas se mêler de ce qui le regarde, et enfin à la marginalisation persistante, en dépit des promesses de rééquilibrage faites pendant la campagne, d’une Chambre où l’on ne peut guère entrer que chaussé de bons vieux godillots d’uniforme et où les adjudants de service ne veulent pas voir une seule tête qui dépasse.

A la suite de ce vote favorable, par 477 voix contre 70, le président de la République ainsi que son Premier ministre et proche collaborateur se sont bruyamment réjouis qu’une majorité de gauche, forte de huit voix, ait permis l’adoption du traité, ce qui est factuellement exact. Mais cette majorité étriquée se serait-elle dégagée de la même manière s’il y avait eu le moindre suspense, c’est-à-dire tout simplement si la droite, pour faire pièce à la gauche, s’était refusée à approuver le pacte négocié par Sarkozy et violemment combattu par François Hollande à l’époque où il n’était encore que « moi candidat à la présidence de la République » ? C’est loin d’être sûr.

Pourtant ni le chef de l’État ni le chef du gouvernement ni leur parti n’ont eu le moindre mot de remerciement, de courtoisie, ou seulement de prise en considération pour les élus qui leur ont apporté le modique appoint de deux cents voix supplémentaires. Pas la moindre reconnaissance du vote. Un tel manque d’élégance agit comme un révélateur. Pour la gauche au pouvoir, la droite n’existe pas, et la réciproque est vraie. Ainsi va notre vie politique, ainsi va notre démocratie, hémiplégique jusqu’à la caricature.

On se rappelle peut-être encore qu’en 2002, le président de la République sortant et candidat à sa réélection avait réuni sur son nom au premier tour un peu moins de 20% des suffrages exprimés. Un cinquième des votants, 15% des électeurs souhaitaient que Jacques Chirac fût reconduit pour un second mandat. Ce chef de l’État discrédité n’en fut pas moins réélu avec 80% des voix au second tour et, satisfait de retrouver son fauteuil, ce qui était son seul but et son unique motivation, ne tint aucun compte, ni sur le moment ni pendant les cinq ans qui suivirent, des quelque millions d’électeurs qui n’avaient voté pour lui que par haine ou par crainte de Jean-Marie Le Pen. Le quinquennat chiraquien ne laissera pas plus de souvenirs que son septennat, ni au monarque ni à ses sujets. Aussi n’est-il pas inutile de rappeler cette tache originelle, à la fois faute morale, faute politique majeure et comportement typique de la Ve République.

Un demi-siècle de scrutin majoritaire a institutionnalisé, avec la non-représentation de vastes secteurs de l’opinion, la division de la France en deux blocs, deux équipes, deux clans que cimente seulement la soif du pouvoir où ils alternent et tour à tour règlent leurs querelles, satisfont leurs ambitions et leurs rancunes, occupent les places et développent leurs misérables petits projets au mépris de toute impartialité, de toute justice et de tout sens de l’intérêt général.

L’injure, de longue date, a remplacé le débat, le manichéisme tient lieu de pensée, et la gauche comme la droite concourent à qui sera non seulement la plus bête mais aussi la plus sectaire du monde.

Boulevard Voltaire

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