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Suisse: des écolos veulent freiner l’immigration pour protéger la nature

Ils proposent des arguments scientifiques et sèment la zizanie au sein des partis en Suisse, parvenant à séduire une partie de la droite populaire: le groupe d’écologistes Ecopop a déposé vendredi devant les autorités une initiative en vue d’un vote pour limiter l’immigration afin de protéger la nature et limiter le besoin de constructions nouvelles.

« La Suisse a actuellement l’une des plus grande densités de population de la terre –480 habitants/km2 pour le +Mittelland+ », au centre de la Suisse, explique à l’AFP le Secrétaire général de l’organisation, Andreas Thommen.

Les chiffres officiels le confirment: « avec une densité moyenne de 193 habitants par km2 de la surface productive, la Suisse est un pays très densément peuplé », selon un site du ministère des Affaires étrangères.

Pour M. Thommen, « si l’on estime que les migrants vont atteindre le niveau (de train de vie, ndlr) moyen des +Suisses+ dans le futur, ce développement n’est pas du tout durable à la longue ».

C’est pour cette raison que l’initiative cible les migrants, une population qui a rapidement augmenté en Suisse ces dernières années, suite à l’ouverture des frontières aux Européens en 2007. Le texte « Halte à la surpopulation » propose donc de « limiter l’immigration nette en Suisse », à un taux de 0,2% par an en moyenne (calculé sur trois ans).

Pour autant, l’association Ecologie et Population (Ecopop), basée en Suisse alémanique où le mouvement écologique est plus fortement implanté, se dit « contre la xénophobie et le racisme ».

Pour défendre ses idées, l’association reprend la formule mathématique du biologiste américain Paul Ehrlich.

Connu pour son livre controversé « La Bombe P » (The population Bomb, 1968), le biologiste Paul Ehrlich a développé une formule mathématique qui, selon lui, permet de calculer l’impact de la pression démographique sur la nature et l’environnement, en prenant en compte le nombre d’habitants, la consommation par habitant et les techniques utilisées par la société.

Si l’initiative franchit les divers obstacles administratifs et légaux, un scrutin national sera organisé. En 2015, selon Ecopop.

Pour le politologue genevois, Pascal Sciarini, les Suisses sont sensibilisés aux questions d’immigration.

Mais, explique-t-il, s’il est évident que les partis du centre-droit vont s’opposer à l’initiative — n’étant pas des « fervents partisans » de la limitation de l’immigration ni de l’écologie, il est plus difficile de savoir ce que vont décider les autres partis.

Pour les Verts, cette initiative est « un peu une épine dans le pied », considère M. Sciarini. Ils ont des raisons évidentes de soutenir l’initiative, mais ils ont aussi de « fortes raisons de s’y opposer », car le parti des Verts se présente comme celui de l’ouverture, explique l’expert.

Quant à l’Union démocratique du centre (UDC, droite populaire), qui a mis sur pied une autre initiative pour dire « Stop à l’immigration de masse! », elle serait tentée de soutenir Ecopop bien qu’elle ne se préoccupe pas de l’environnement, relève le professeur universitaire.

Le vice-président de l’UDC, Oskar Freysinger, a d’ailleurs déclaré dans les médias: « Notre initiative sera votée avant celle d’Ecopop. Si nous gagnons, nous la lâcherons. Dans le cas contraire, nous aurons encore une carte à jouer avec l’initiative Ecopop ».

Pour le démographe suisse Etienne Piguet, « il ne faut pas avoir de tabou par rapport au fait que la Suisse a connu une immigration extraordinairement forte au cours des années récentes et que la Suisse connaît en partie les problèmes qui sont évoqués (par Ecopop): engorgement, problème écologique… ».

Mais, explique-t-il, « là où les choses ne sont pas satisfaisantes c’est quand on met directement en liaison l’effectif de la population (migrante, ndlr) avec les problèmes qui sont évoqués ».

M. Piguet relève qu’il existe des zones dans le monde avec des densités de population extrêmement élevées, qui ont un bilan écologique et humain assez positif, citant les villes de Singapour et Hong-Kong. Il fait remarquer, de même, que des villes à faible densité aux Etats-Unis ont un bilan écologique négatif.

Pour cet autre démographe suisse, Philippe Wanner, la Suisse a besoin des migrants, notamment qualifiés, pour soutenir son marché du travail, car sa croissance démographique est presque nulle.

Faute de migrants, explique-t-il, il faudrait relever l’âge de la retraite à 75 ans, contre actuellement 64 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes.

La Suisse comptait fin août quelque 1,8 million d’étrangers (pour 8 millions d’habitants au total dans le pays), soit 3,0% de plus qu’en août 2011, selon les chiffres de l’Office fédéral des Migrations.

Pour l’Union patronale suisse, l’initiative est inacceptable car si elle est acceptée, la Suisse devrait mettre un terme aux accords bilatéraux avec l’Union européenne (UE), « avec de lourdes conséquences pour notre économie ».

Sciences & Avenir

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