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Le lent naufrage de la Protection judiciaire de la jeunesse

François Hollande a répété que la justice des mineurs était une priorité et a promis, le 18 janvier, une loi dans l’année, « pour clarifier et simplifier » les textes. Cela risque de ne pas suffire. La Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), chargée des mineurs délinquants – l’éducation surveillée de jadis –, fait lentement naufrage, dans une discrétion absolue.

Le niveau de désorganisation, après des réformes menées à la hussarde, est tel que les cadres se demandent s’ils ne font finalement pas plus de mal que de bien aux jeunes qu’ils accueillent.
« On nous demande surtout qu’il n’y ait pas de remous », explique un directeur de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui, comme ses collègues, tient par-dessus tout à l’anonymat, parce qu’« il y a mille représailles possibles ». « Dans les rapports que je fais à la centrale, assure une responsable, je dois répondre que tout va bien – l’essentiel, c’est d’être de bons élèves. » Dès qu’un compte rendu est un peu alarmiste, « on me répond que c’est exagéré, que les choses se sont améliorées ».

La situation est particulièrement lourde à la direction interrégionale de Paris, qui gère l’Ile-de-France et l’outre-mer. Elle concentre un tiers des effectifs de la PJJ et la désorganisation y est totale. « Un jour, on a reçu la visite d’un huissier, dit un chef de service. Les loyers n’étaient plus payés depuis un an, on n’était même pas au courant. » Les psychologues mettent de trois à quatre mois pour toucher leur salaire. « J’ai des collègues en foyer dont les fournisseurs ne veulent plus livrer la nourriture. C’est pire en milieu ouvert, il n’y a plus de papier, on est sans chauffage, c’est rigolo cinq minutes. »

« Lorsque quelqu’un vient d’une autre région, il ne va pas être payé, c’est aussi bête que ça, explique un directeur. C’est arrivé à tous mes personnels. Dès que les gens changent de service, c’est la catastrophe, plus rien ne suit. Ça contribue beaucoup à démoraliser les gens. » Un directeur s’est aperçu qu’il lui manquait 600 euros sur sa feuille de paye, il a fallu trois mois pour apprendre qu’un autre avait hérité d’une partie de son traitement, un troisième de ses primes.

Une dame avait été installée avant qu’on s’aperçoive qu’on ne pouvait pas la payer pour des raisons administratives : on lui a demandé de rester chez elle, le temps qu’on régularise sa situation. Certains ont vu leur salaire amputé de 20 %, à la suite d’erreurs rectifiées trois mois plus tard. « Il faut des semaines pour trouver quelqu’un qui accepte de venir travailler, surtout quand le précédent n’a pas été payé. Des fois, j’ai honte », dit un autre.

Les directeurs fatiguent. C’est évidemment vers eux que se retournent les éducateurs qui ne touchent plus leur paye. Et ils n’y peuvent rien : tout est géré par une direction interrégionale au bord de la crise de nerf. « Il y a un amoncellement de dossiers qui ne sont pas traités depuis deux ou trois ans », constate un cadre. On a demandé aux gens de ne plus téléphoner, d’envoyer des mails, qui ne sont pas davantage traités. Celui qui crie le plus fort a une chance. « Quand quelqu’un s’énerve au téléphone, on lui fait un avenant à son contrat, au dernier moment. » La moitié du service des ressources humaines est partie en septembre et a été remplacée par des contractuels.

Le Monde

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