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Champagne bio : l’étude secrète qui embarrasse

De multiples éléments ont été mesurés, y compris les différences entre les arômes des vins bio et ceux issus de l’agriculture durable. Mais c’est sans doute la différence d’impact sur la terre qui retiendra surtout l’attention. Et qui provoque d’ores et déjà l’embarras.

L’étude – pour surprenant que cela paraisse – avait jusqu’ici été tenue secrète. Pendant douze ans pourtant, des techniciens du Comité interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC) ont scruté à la loupe et mesuré très précisément les différences d’impact sur la terre – notamment – entre la culture de vignes en agriculture raisonnée et celle en biodynamie.

Dossier politique

Un dossier qui serait « explosif » a-t-on confié à la rédaction de l’union récemment. Les résultats ne seraient pas ceux que l’on imagine, ou du moins auxquels on pourrait s’attendre. A ce jour pourtant, et bien que l’étude soit désormais terminée, aucun élément n’a encore été communiqué. On le verra, le CIVC veille même jalousement à ce que rien ne transpire. Ou presque. Pourquoi tant de mystère ?

Tout simplement parce que le dossier est éminemment sensible. Autrement dit, le ver de terre – puisqu’il s’agit de lui et de tout ce que sa présence implique – est devenu un enjeu politique et économique. En clair, nous résume un proche de ce dossier, « nos petits vers de terre se portent bien mieux sans culture bio ». Un constat qui a de quoi surprendre à une époque où le label AB est érigé en modèle, jusqu’à convaincre un certain nombre de grandes maisons d’en tester quelques parcelles.

Moins de lombrics en bio

En fait, l’étude a été menée en comparant côte à côte des vignes cultivées en agriculture raisonnée et d’autres en agriculture biologique, auxquelles il faut ajouter des parcelles de quelques vignerons bio à différents endroits de la Champagne.

« Nous avons mesuré tout ce qu’il se passait, en retenant deux indicateurs : la biomasse microbienne, et la population de lombrics », nous confirme un technicien du CIVC. Bilan final : « Les lombrics sont davantage présents dans le sol en viticulture durable que dans les vignes cultivées en bio », ajoute-t-il en pointant l’impact de l’usage du cuivre, « dont on connaît l’effet néfaste ».

Ce résultat rejoint en cela une étude menée en Languedoc-Roussillon et dont les premiers résultats ont été dévoilés cet été : en 17 ans, la population de lombrics a diminué de 65 % dans les vignes cultivées en bio par rapport au conventionnel.

Cuivre vs produits phyto

Impossible toutefois d’obtenir davantage de détails puisqu’une fois avertie de nos attentes, la direction du CIVC a estimé qu’aucune communication sur le sujet n’était opportune à ce jour. Soit. Mais sans cadre précis, libre à chacun d’interpréter ce constat auquel on peut faire dire beaucoup de choses.

Vincent Laval, le président des viticulteurs bio de Champagne, ne le sait que trop bien, lui qui réclame ces résultats depuis longtemps sans avoir encore obtenu de réponse. Ainsi cueilli à froid, on comprend le malaise de ce professionnel qui se bat jour après jour pour promouvoir son modèle. « Je ne conteste pas l’impact du cuivre, mais tout dépend des doses utilisées. Par ailleurs, cela reste toujours moins grave que l’impact d’autres produits », estime-t-il. Des produits phytosanitaires que l’on retrouve pourtant dans la vigne cultivée en agriculture raisonnée dans le cadre de cette étude.

Cela équivaut-il à dire que l’utilisation du cuivre serait plus nocive que celle des produits phyto en quantité mesurée ? On imagine déjà de quelle manière un tel constat pourrait être exploité, et pour cause. En Champagne, ce marché est considérable.

Vincent Laval, de son côté, juge cette étude justement trop incomplète pour être satisfaisante. « Il n’y a pas que les vers de terre, la pollution des nappes phréatiques est un sujet plus important, et elle n’est pas mesurée ici », déplore-t-il. Autant dire que ces résultats n’ont pas fini de susciter l’intérêt des uns et les intérêts des autres.

L’Union

 

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