Accueil > France, International, Société > Le masochisme identitaire

Le masochisme identitaire

Nous vivons dans un monde exaspérant qui croit qu’un homme doit se déraciner pour être libre. Ce monde pousse l’individu à détester son propre pays comme si la haine de soi conduisait à l’amour de l’humanité dans son ensemble. On décerne un certificat de supériorité morale à celui qui dédaigne son peuple. Lui, au moins, serait lucide et prêt à s’ouvrir aux autres. C’est la victoire du masochisme identitaire.

Cette triste idée vient du XXe siècle. L’Occident a accouché d’idéologies meurtrières comme le nazisme et le communisme. Le premier a fait dégénérer le nationalisme en racisme exterminateur. Le second a voulu instaurer le paradis sur terre, mais a transformé chaque société qu’il dominait en camp de concentration meurtrier. Après les charniers, on s’est dit qu’il fallait désormais protéger l’individu. C’est compréhensible.

PATRIOTES ENRACINÉS

Mais ce sont justement des patriotes enracinés qui ont défendu la liberté. De Gaulle et Churchill n’étaient pas des libertaires en culottes courtes chantant un hymne aux droits d’un individu déculturé. La démocratie et la liberté ont été sauvées au XXe siècle par des hommes qu’on traiterait aujourd’hui de grossiers réactionnaires, de nationalistes ultraconservateurs. Aujourd’hui, les Tolérants et Inclusifs autoproclamés refuseraient de leur serrer la main.

La chose est aussi vraie pour notre époque. Évidemment, les idéologies meurtrières du dernier siècle sont derrière nous. Mais la nature humaine est écrasée de nouvelle manière. C’est parce qu’un homme est enraciné dans son pays que les marchands et les technocrates ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent de lui. C’est parce qu’un homme sait que sa richesse n’est pas que matérielle qu’il n’est pas prêt à toutes les bassesses pour quelques sous de plus.

Mais voilà: l’individu contemporain a la tentation narcissique. Il transforme chacun de ses caprices en droits fondamentaux. Il se présente comme une victime universelle dès qu’on ne lui cède pas. D’ailleurs, l’espace public déborde de victimes autoproclamées en tous genres, qui réclament toute notre attention. L’individu contemporain ramène le monde à son nombril. II se croit libre. Il est l’esclave des modes.

DÉPOSSESSION

Ceux qui s’enorgueillissent, par scepticisme, de tout déconstruire sont emportés par une furie destructrice. Trop souvent, la quête du «changement pour le changement» masque la haine de notre civilisation. Pourquoi ceux qui nous promettent le paradis sur terre croient-ils nécessaire de vomir le monde dans lequel ils vivent? On a beau vernir l’errance identitaire en citoyenneté du monde, elle vire souvent à la névrose.

L’homme sans patrie est un dépossédé absolu. On l’a condamné à l’errance existentielle. S’il demande tant aux «autres» de l’aimer, c’est qu’il ne s’aime plus lui-même. Il cherche des repères et n’en trouve plus. À force de l’arracher à tout ce qui donnait un sens à son monde, on l’a condamné au néant.

Si notre civilisation parvient à renaître, ce sera parce que le progrès se sera réconcilié avec la tradition, et la liberté avec l’enracinement. Je ne peux m’empêcher d’y croire.

Source : Mathieu Bock-Coté

Catégories :France, International, Société
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :