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« Ce n’est pas en armant des salafistes qu’on trouvera une solution »

Ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets, Alain Chouet conteste la décision française de livrer des armes à l’opposition syrienne.

Le président français François Hollande a souhaité vendredi que les Européens prennent « dans les prochaines semaines » une décision sur la levée de l’embargo sur la fourniture d’armes aux forces d’opposition syriennes. « Des armes sont livrées par des pays, dont la Russie, à Bachar el-Assad et son régime. Nous devons en tirer toutes les conclusions et l’Europe doit prendre sa décision dans les prochaines semaines », a déclaré François Hollande. Il a précisé que « toutes les conséquences de la levée de l’embargo » seraient examinées par les ministres des Affaires étrangères au cours d’une réunion prévue de longue date les 22 et 23 mars à Dublin.

Une démarche jugée sévèrement par Alain Chouet, ancien chef de poste de la DGSE à Damas, puis cadre supérieur des services secrets. Il est l’un des meilleurs connaisseurs du monde arabo-musulman. Rencontre.

Le Point.fr : Est-il opportun que la France livre des armes à l’opposition syrienne ?

Alain Chouet : Je suis confondu par cette affaire. On se trouverait complètement en dehors de la légalité internationale, dans une situation sans précédent. Pour prendre une comparaison, c’est comme si la France, en 1992, avait décidé unilatéralement d’armer le GIA (Groupe islamique armé) et le FIS (Front islamique du salut) algériens, sous prétexte qu’ils avaient gagné les élections et que les militaires avaient interrompu le processus électoral. Dans le cas de la Syrie, nous armerions des groupes non représentatifs et reconnus par personne, si ce n’est par nous ! l’ONU n’a pas reconnu l’opposition, et d’ailleurs, de quelle opposition parlons-nous ? Elle est totalement hétéroclite et divisée, les militaires ne reconnaissent pas l’autorité des politiques et, à l’intérieur de la composante militaire, les milices djihadistes ont pris le pas sur les autres.

Quelles armes la France veut-elle livrer ?

Je ne le sais pas. J’entends parler d’armes « défensives », qui ne font pour moi aucune différence avec les armes « offensives ». Quant à évoquer des armes « non létales », on joue sur les mots. Et je ne sais pas à qui on va les donner… Certains responsables politiques français affirment que nos services spéciaux savent parfaitement à qui il faut les donner. Je connais la Syrie depuis 40 ans, j’ai fait partie des services spéciaux pendant 30 ans et j’affirme qu’une telle certitude est totalement présomptueuse. Ce que je constate, c’est que, sur le terrain, celle qu’on appelle l’ASL (Armée syrienne libre) est composée d’officiers et d’hommes de troupe qui ont déserté vers la Turquie et qui se trouvent pour la plupart consignés dans des camps militaires quand ils n’ont pas donné des gages d’islamisme. L’un des fondateurs de l’ASL, le colonel Riad al-Assaad, se trouve pratiquement assigné à résidence avec l’interdiction de se rendre sur le territoire syrien. Tout cela pour laisser la place aux groupes salafistes et aux djihadistes. Je repose donc la question : quelles armes allons-nous donner et à qui ?

Si Londres et Paris veulent livrer des armes, c’est pour balayer Bachar el-Assad. Pourquoi bouger maintenant, après deux ans de quasi-immobilisme ?

Nous n’avons aucun mandat de l’ONU ou de qui que ce soit d’autre ni de légitimité juridique pour renverser le président Assad quels que soient ses torts. Ce n’est pas aux Français ni aux Anglais de le faire, mais aux Syriens. Depuis deux ans, la France a fourni aux opposants syriens une assistance logistique, technique, des entraînements organisés par les services spéciaux, également britanniques ou américains. Cette fois, en livrant officiellement des armes, on passe à un autre stade !

Ce n’est tout de même pas d’aujourd’hui que des services secrets soutiennent des groupes d’opposition armés au mépris des lois internationales !

Certes, et ces services sont même faits pour ça… On ne peut envoyer des militaires avec drapeaux, plumes et trompettes que lorsqu’on en a le mandat dans le cadre de la légalité internationale. Mais dès lors qu’un ministre des Affaires étrangères proclame qu’il va apporter une aide militaire à des étrangers désireux de renverser leur gouvernement, même si les instances internationales s’y opposent, on entre dans une forme nouvelle et dangereuse de l’illégalité internationale.

Vous connaissez extrêmement bien la Syrie, où vous avez longtemps été en poste et dont vous parlez la langue. Quelle est votre appréciation globale sur la situation ?

Depuis deux ans, la situation s’est gravement dégradée. On est dans un pays dévasté, ruiné, en proie à des affrontements ethniques et confessionnels, où rien ne sera plus jamais comme avant. On est entré dans une logique de guerre civile semblable à celle qui a ensanglanté le Liban pendant 15 ans. Mais je vous le dis nettement : ce n’est pas en armant des salafistes qu’on va arriver à une solution. D’une façon hypocrite, la France a appelé à une solution négociée en disqualifiant d’emblée une des parties sommée de ne pas se présenter à la table des discussions, en l’occurrence le pouvoir en place. Que reste-t-il alors à négocier ? Depuis le début de cette affaire, on se trouve dans le flou militaire, juridique, politique ou idéologique. J’ai le plus grand mal à m’y retrouver. On est dans une ambiguïté absolue en soutenant en Syrie ceux contre lesquels on lutte ailleurs.

Pouvez-vous être plus précis ?

J’évoque ici le Mali. Même si comparaison n’est pas raison et si les islamistes qui se manifestent au Mali ne sont pas les mêmes qui se battent en Syrie, ils ont les mêmes objectifs, les mêmes inspirateurs, les mêmes idéologues et les mêmes financiers. Je trouve ça tout à fait curieux. Et en tant qu’ancien responsable d’un grand service de l’État, je suis assez perturbé par ces choix bizarres et antagonistes de nos diplomates et de nos politiques.

Le POINT

Gérard de Villiers : l’auteur de romans d’espionnage qui en savait trop

10 février 2013 Laisser un commentaire

Depuis quarante-huit ans, Gérard de Villiers écrit des romans d’espionnage étrangement prophétiques. Intrigué, The New York Times Magazine a tenté de percer le mystère. Rencontre avec l’auteur mythique des S.A.S.

En juin dernier, un thriller de gare a été publié à Paris : Le Chemin de Damas. Sur la couverture vert et noir, accrocheuse, une femme à la poitrine généreuse, pistolet automatique en main ; à l’intérieur, une intrigue truffée des inévitables courses-poursuites en voiture, explosions et conquêtes sexuelles. A la différence de la plupart des livres de poche, pourtant, celui-ci a attiré l’attention des officiers de renseignement et des diplomates de trois continents.

Le roman, qui se déroule en pleine guerre civile syrienne, brosse des portraits saisissants du président contesté Bachar El-Assad, de son frère Maher, ainsi que de plusieurs de ses lieutenants et alliés peu connus du grand public. Il décrit un coup d’Etat avorté soutenu en sous-main par les services américains et israéliens. Plus frappant encore, il retrace une attaque contre un centre de commandement du régime syrien situé à proximité du palais présidentiel de Damas, et ce un mois avant qu’un attentat ne se produise exactement au même endroit, tuant plusieurs hauts responsables du régime.

« Ce livre était prophétique », m’a confié un ancien analyste du Moyen-Orient, fin connaisseur de la Syrie, qui préfère garder l’anonymat. « Il vous fait mieux comprendre que tout ce que j’ai jamais vu l’atmosphère qui règne véritablement au cœur du régime, la façon dont ces gens opèrent. » L’ouvrage en question était la dernière livraison de Gérard de Villiers, un homme de 83 ans qui écrit depuis près de cinquante ans la fameuse série d’espionnage S.A.S. au rythme de quatre ou cinq titres par an. Ses ouvrages sont d’étranges hybrides : des romans de gare à succès, qui servent également de fonds de renseignements aux agences d’espionnage du monde entier.

Les vrais secrets d’espionnage transposés dans une fiction populaire

De Villiers a passé le plus clair de sa vie à cultiver ses relations avec des espions et des diplomates qui semblent s’amuser à se voir transposés (sous des noms soigneusement camouflés), avec leurs secrets, dans une fiction populaire, et l’on trouve systématiquement dans ses livres des informations totalement inédites sur des complots terroristes, des opérations d’espionnage et des guerres. D’autres romanciers populaires, comme John Le Carré et Tom Clancy, pimentent certes leurs intrigues de quelques scénarios tirés de la réalité et de jargon d’espionnage, mais les livres de Gérard de Villiers anticipent l’actualité et parfois même les événements.

Il y a près d’un an, il publiait un roman sur la menace que constituaient les groupes islamistes dans la Libye postrévolutionnaire, s’intéressant particulièrement aux combattants de Benghazi et aux efforts de la CIA pour les contrer. Les Fous de Benghazi est sorti six mois avant la mort de l’ambassadeur des Etats-Unis J. Christopher Stevens et présente des détails (totalement confidentiels à l’époque) sur le centre de commandement de la CIA à Benghazi, qui serait par la suite au cœur de la polémique sur la mort de l’ambassadeur. De Villiers n’en était pas à son coup d’essai : d’autres épisodes de la série comportent des prédictions encore plus étonnantes. En 1980, dans Le Complot du Caire, il mettait ainsi en scène l’assassinat d’Anouar El-Sadate par des militants islamistes, un an avant l’attentat qui coûta la vie au président égyptien. Quand je lui ai demandé d’où il tenait ce flair, il m’a répondu avec un haussement d’épaule typiquement français : « Les Israéliens savaient que ça allait arriver et ils n’ont rien fait. »

Védrine à de Villiers : « Vous et moi avons les mêmes sources »

Bien que de Villiers soit pratiquement inconnu aux Etats-Unis, ses éditeurs estiment que les S.A.S. se sont vendus à près de 100 millions d’exemplaires dans le monde, ce qui, avec les James Bond de Ian Fleming, en ferait la série la mieux vendue de tous les temps. Et c’est très certainement la plus longue série littéraire jamais écrite par un seul auteur : le premier titre, S.A.S. à Istanbul, est paru en 1965, et de Villiers travaille actuellement au 197e épisode. En dépit de leur perspicacité géopolitique, les ouvrages de Villiers inspirent un certain mépris aux intellectuels français.

[…]

« L’élite française prétend ne pas le lire, mais, en fait, ils se jettent tous dessus », m’a assuré l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. Lui-même fait partie des rares personnes qui admettent sans vergogne avoir lu presque toutes les aventures de Malko, précisant qu’il les consultait avant de se rendre à l’étranger pour s’informer de la façon dont les services français évaluaient la situation dans tel ou tel pays. Il y a une dizaine d’années, de Villiers a ainsi reçu un coup de fil du Quai d’Orsay : c’était le ministre qui le conviait à déjeuner. « Je pensais que quelqu’un me faisait une blague, se souvient-il. D’autant que Védrine est de gauche et que je ne le suis pas du tout. » Lorsqu’il arriva au rendez-vous, Védrine l’attendait dans sa salle à manger privée donnant sur la Seine. « Je suis ravi de vous rencontrer, mais, dites-moi, pourquoi vouliez-vous me voir ? » demanda le romancier au ministre. Védrine esquissa un sourire et l’invita à s’asseoir. « Je voulais vous parler car je me suis rendu compte que vous et moi, nous avons les mêmes sources. »

Article dans son intégralité sur Courrier International

Autre article sur  Gerard De Villiers

Mais pourquoi la France fait-elle semblant de ne pas voir la menace islamiste qui pèse sur la Syrie ?

15 mars 2012 1 commentaire

De retour de Syrie, Gérard de Villiers a pu rencontrer quelques acteurs avertis du conflit qui frappe le pays. La vision qu’il en propose s’écarte largement de la version officielle française.

La semaine dernière à Beyrouth, j’ai rencontré l’un des responsables du service de renseignement syrien, francophile, francophone et stupéfait. « Pourquoi, m’a demandé A. K., la France se déchaîne-t-elle contre le régime de Bachar El Assad ? Qu’est-ce qu’on vous a fait ? Nos relations étaient revenues au beau fixe depuis l’invitation du président Bachar à paris le 14 juillet 2008. Pourquoi votre ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, travestit-il systématiquement la vérité alors qu’il la connait parfaitement ? Depuis un an, en Syrie, il ne s’agit pas de forces de sécurité massacrant aveuglement des civils innocents mais de l’affrontement entre, le gouvernement de Bachar El Assad d’une part et, des groupes armés de matériels légers d’autre part, menés par les Frères musulmans syriens, soutenus par l’Arabie Saoudite et le Qatar dont le but est de renverser le régime alaouite des Assad. »

J’aurais aimé pouvoir réfuter les arguments de cet homme, membre éminent d’un régime connu pour sa brutalité, sa férocité et la main-mise qu’il a pris sur la Syrie depuis quarante ans. Régime connu aussi pour sa propagande souvent à l’opposé de la réalité. Hélas, ce que m’a dit A.K. correspondait parfaitement à ce que je savais et ce que savent les services de renseignement occidentaux.

Pourquoi les islamistes veulent la chute de Bachar El Assad

Les islamistes, Frères musulmans, l’Arabie Saoudite, et le Qatar ont juré la perte de Bachar El Assad pour deux raisons. D’abord, il s’agit de casser « l’arc chiite » qui va de l’Iran au Hezbollah libanais en passant par une partie de l’Irak (chiite à 65%) et la Syrie. Ceci, afin d’affaiblir Téhéran, ennemi juré de l’Arabie Saoudite. Ensuite, la Syrie est le dernier Etat laïque de la région depuis la disparition de l’Irak de Saddam Hussein, baassiste lui aussi.

Cela, les islamistes ne peuvent le supporter. En un an, ils ont pris le pouvoir en Tunisie, en Libye, et sont en train de le faire en Egypte. On m’a dit à Beyrouth que le roi Abdallah n’en dort plus de voir la Syrie résister. Le régime des Assad explosé permettrait d’instaurer en Syrie un état islamiste où les chrétiens de Syrie n’auraient plus de place. Ils sont environ 9%. La devise des Frères musulmans syriens est « Les alaouites au cimetière, les chrétiens à Beyrouth ». Quand on sait ce qui est arrivé aux chrétiens d’Irak et aux coptes d’Egypte, on peut les croire sur parole.

Alors, pourquoi cette condamnation du régime Assad avec tant de virulence par la France ? Alain Juppé se drape dans la défense des Droits de l’Homme et de la démocratie, faisant semblant de croire que les Frères musulmans syriens veulent instaurer un régime démocratique en Syrie, multiconfessionnel et pacifique.

C’est à mourir de rire ! Les Frères musulman, mouvement fondé en 1922, n’ont jamais été démocratiques. C’est un mouvement islamiste qui prêche la soumission au Coran.

Une information sur le conflit tronquée

Aujourd’hui, tous les médias occidentaux sont nourris d’informations venus de l’Association des droits de l’homme en Syrie, basée à Londres, qui est en réalité un faux nez des Frères musulmans. Dans le monde arabe, c’est Al Jazeera, à la botte du Qatar, qui répercute les mêmes informations. Toujours orientées dans le même sens.

Bien sûr, il ne s’agit pas de blanchir le régime syrien, féroce et autiste, accroché à ses privilèges. Il s’agit simplement d’avoir une vue plus équilibrée des événements.

Il s’agit d’une guerre civile où nous n’avons pas à intervenir. Principalement entre chiites et sunnites. La plupart des massacres de femmes et d’enfants égorgés sont le fait de vengeances interéthniques, comme jadis au Liban entre alaouites et sunnites, et non d’une volonté aveugle du régime de massacrer ses citoyens.

Nous n’avons rien à gagner à nous mêler de ce conflit, de prendre la tête du mouvement anti Bachar. Avec un acharnement qui frise le ridicule. Alain Juppé est probablement le seul homme politique à ignorer que la Russie ne lachera pas la Syrie, alliée stratégique. Pourtant, il continue de s’obstiner à tenter d’obtenir une décision du Conseil de sécurité.

Je n’ai toujours pas d’explications à cette attitude bizarre. L’exemple de la Libye aurait du nous servir de leçon. Les 300 millions d’euros dépensés par la France là-bas ont surtout servi à rétablir la polygamie et à transformer le pays en une nouvelle Somalie, livrée aux seigneurs de la guerre.

Au Moyen-Orient, il est préférable d’être prudent. Les erreurs se paient toujours très cher. Et parfois, très longtemps.

Gérard de Villiers pour Atlantico

“Une internationale de barbouzes prépare un coup d’Etat en Syrie – Le Canard enchaîné 29 février 2012

Complot barbouzard contre Bachar El Assad.

La semaine dernière, à Tunis, les responsables de plusieurs services secrets ont examiné la possibilité d’un coup d’Etat.

« Il y a avait deux réunions à Tunis, s’amuse un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay. La première, la conférences dite « des amis de la Syrie », regroupait des représentants d’une soixantaine de pays, dont Hillary Clinton ou notre patron, Alain Juppé, et d’organisations internationales. Son bilan n’est pas glorieux. L’autre se voulait plus discrète et réunissait des gens en prinicipe mieux armés que les diplomates, les hommes des services secrets. On leur souhaite bon vent pour dégommer Bachar… »

Réaction sur le même ton d’un officier d’état-major : « C’est la meilleure solution. On ne peut pas refaire le même coup qu’avec la Libye et bombarder une armée syrienne autrement plus solide que celle de Kadhafi et dont les blindés se baladent tranquillement dans des villes insurgées. Et puis cette fois, l’ONU ne donnera pas son feu vert. » Exact. Russes et Chinois y mettraient leur véto. Reste alors la méthode déjà utilisée en Libye : fournir des armes efficaces aux insurgés, voire des conseillers en guérilla urbaine. Des livraisons sont prévues, dit-on au Quai d’Orsay et à la Direction du renseignement militaire (DRM), via des pays arabes, comme le Qatar. Mais il y a mieux et c’est aujourd’hui d’actualité, selon les connaisseurs : « préparer un coup d’Etat ». Encore faut-il trouver, sur place, des interlocuteurs valables, discrets, courageux. Et cela suppose de sacrés efforts de persuasion. A Tunis, la semaine dernière, des représentants des services secrets de plusieurs pays – Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Turquie, Arabie Saoudite et Qatar, notamment – ont envisagé cette solution. l’idée est d’exploiter d’éventuelles divergences au sein des forces de sécurité et du clan Assad. A en croire, un officier de renseignement, des militaires syriens, jusque là plutôt loyaux, considèrent désormais qu’il n’y a pas d’autre issue à la crise actuelle qu’une rupture avec Bachar et sa famille. Selon lui, les princes saoudiens sont prêts à mettre de l’argent sur la table pour aider à la conversion de ces futurs rebelles.

Quant à l’opposition syrienne, « elle est fragilisée, divisée sur le plan ethnique, idéologique ou stratégique », constate un analyste à la DRM. D’un côté, le Conseil national syrien, « un faux nez des Frères musulmans », dit-on. De l’autre, le Comité de coordination nationale, qui regroupe des intellectuels et des opposants favorables à une solution entre Syriens. Sans compter les déserteurs de l’Armée syrienne libre. Et pas forcément tous d’accord sur les ingérences étrangères et sur l’avenir du pays, une fois Bachar écarté. Ce n’est pas joué, et les comploteurs réunis à Tunis savent que le régime peut encore tenir bon avec ces quelque 40 000 militaires du clan alaouite (branche du chiisme) – trois divisions blindées, la Garde nationale, les Forces spéciales – et grâce à des services de sécurité omniprésents. Face aux sunnites, leur loyauté est aussi une question de survie dans cette guerre civile entre musulmans, sans armistice ni pacifistes à l’horizon.

Claude Angeli.

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