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Cittàslow : Les villes lentes contre la frénésie du monde moderne

Dans un monde en constante accélération, quelques municipalités européennes ont créé un réseau, Slow Cities, visant à ralentir le rythme de la vie. Ce réseau réunit des villes et municipalités désireuses d’améliorer la qualité de vie de leurs citoyens, notamment en matière de nourriture et d’environnement.

Né en Italie, il y a maintenant 20 ans, Cittaslow (« Villes lentes » en italien), est issu d’un autre mouvement: Slow Food, en opposition au Fast Food nord-américain, synonyme de mal bouffe. L’objectif de cette organisation internationale est de protéger la gastronomie et le plaisir de la table.

La philosophie des « Villes lentes » repose sur certains principes. En n’utilisant que des produits régionaux de qualité, on apporte ainsi son soutien aux agriculteurs qui travaillent dans le respect de l’environnement et qui refusent de faire appel à de la main d’œuvre bon marché. Un mouvement qui a gagné 70 villes italiennes de moins de 60 000 habitants et une vingtaine d’autres dans le monde, jusqu’en Nouvelle-Zélande.

Des villes enracinées

L’objectif des Villes lentes est de combattre l’ubiquité dans ses deux dimensions : être, en même temps, ici et ailleurs. L’abomination absolue pour ces militants sont ces lieux modernes « hors sol » que sont les grands aéroports internationaux ou ces magasins entrepôts, tous sur le même modèle, qui défigurent les banlieues. Une ville lente refuse le « hors-sol » comme le « hors-temps ». Une stratégie de relocalisation des échanges et des consciences est inséparable de l’éloge de la lenteur comme une réaffirmation du local.

La modernité, en produisant l’homme sans qualité, joue la stratégie de la mondialisation de l’espace et du temps. Mondialisation des échanges commerciaux, développement des transports et mondialisation du temps vont de pair, comme le montrent les cotations boursières et les horloges internationales des palaces. Les villes lentes, parce qu’elles n’ont de cesse d’articuler ces stratégies de relocalisation et de retemporalisation, tendent à redonner de la qualité de vie, c’est-à-dire à enfanter un humain plus humain puisque plus autonome, parce que seul capable de s’autolimiter.

La charte du mouvement Slow Cities (nom anglo-saxon des Cittaslow) dénonce l’homogénéisation des modes de vie et rend le culte moderne de la vitesse responsable de notre assujettissement physique et moral. Le but des quatre premières villes italiennes (Onvieto, Braga, Grève in Chianti, Positano) engagées dans ce mouvement de résistance à la globalisation est de maintenir leur identité pour inventer un autre futur.

Le mouvement s’est ensuite étoffé et internationalisé jusqu’à devenir ce réseau international de Slow Cities coordonné, depuis 1999, par Paolo Saturnini, le maire de Grève. Il compte aujourd’hui plus d’une centaine de villes dans le monde.

Contexte

En 1986, Carlo Petrini fondait l’association Slowfood, pour promouvoir une nourriture respectueuse de la biodiversité et des traditions locales. En 1999, dans la foulée de ce concept né en Italie et dont le logo représente un escargot, a été créée Cittaslow (villes lentes), l’association soeur de Slowfood, qui étend cette philosophie à toutes les facettes de la vie en société.

Ainsi, en plus du volet gastronomique, le mouvement Cittaslow implique toute une réflexion autour des traditions locales, de l’aménagement du territoire, de la mobilité, de l’hospitalité et du bien-être en général. Autant de critères d’excellence auxquels doivent répondre les villes qui s’engagent dans ce processus en signant le protocole d’adhésion au Cittaslow.

Villes ouvertes ou villes encloses?

Le réseau Cittaslow a adopté un manifeste qui comprend 70 recommandations et obligations : mise en valeur du patrimoine bâti existant plutôt que construction de nouveaux bâtiments; volonté de réduire fortement les consommations énergétiques; promotion des technologies « vertes » pour assurer les besoins énergétiques indispensables; diminution des déchets et développement de programmes de recyclage; multiplication des zones piétonnes avec le souci de ne pas en faire des lieux voués au seul commerce; développement des commerces de proximité avec interdiction progressive des grands centres commerciaux.

Priorité aux infrastructures collectives avec des équipements adaptés aux handicapés et aux divers âges de la vie; multiplication des espaces verts et des espaces de loisirs; propreté de la ville; préservation et développement des coutumes locales et produits régionaux; priorité aux transports en commun et autres transports non polluants (marche à pied, vélo, patins à roues alignées) avec la volonté de limiter le nombre d’automobiles; développement de la solidarité intergénérationnelle; exclusion des OGM et des « temples » de la restauration rapide; développement d’une véritable démocratie participative, etc.

La volonté de mettre en réseau les villes qui adhèrent au projet correspond à la volonté de vérifier que les engagements pris soient effectivement respectés. Le réseau dispose pour cela d’un corps d’inspecteurs qui effectuent périodiquement le contrôle des obligations. Les villes respectueuses du manifeste reçoivent un label et affichent le logo à l’entrée des agglomérations et sur les bâtiments publics : ce logo (un escargot qui porte sur sa coquille une ville) est directement inspiré du célèbre escargot qui sert d’emblème au mouvement Slow Food.

Cette mise en réseau correspond aussi à la volonté de réaliser une véritable solution de rechange qui ne pourra être mondiale que si elle respecte la diversité des cultures. Une ville lente ne doit pas rentrer dans sa coquille mais travailler à un autre développement là où elle est enracinée.

L’éloge de la lenteur est aussi celui du temps nécessaire à la maturation, au doute, à la délibération, au choix. Les habitants des villes lentes mènent donc une réflexion sur la temporalité nécessaire au respect de la démocratie : il faut déjà en finir avec la foi illimitée dans le temps qui vient, que véhicule, par exemple, le scientisme ambiant. La démocratie comme l’éducation a besoin de lenteur.

Les villes lentes peuvent être aussi des laboratoires pour apprendre à faire coïncider le temps de la démocratie avec un temps encore plus long et plus lent, celui de l’écologie, puisque les décisions à prendre dans ce domaine ne sont généralement pas à l’échelle du temps individuel mais parfois à l’échelle de l’humanité.

Contre le gigantisme des villes

Le développement des Slow Cities repose sur le refus des grandes villes dont l’échelle est sans mesure avec les capacités humaines de perception et de déplacement. C’est pourquoi les Slow Cities comprennent obligatoirement moins de 60 000 habitants. La critique du gigantisme est consubstantielle à celle de la vitesse. L’un des enjeux pour les prochaines décennies sera donc de vider progressivement les mégalopoles qui ne peuvent, du simple fait de leur gigantisme, développer une politique de la lenteur et de la relocalisation.

Les villes lentes ont pu, grâce à ce double ancrage temporel et territorial, éviter un double écueil. Celui d’apparaître comme véhiculant un point de vue nostalgique – voire passéiste – et celui de devenir un produit commercial pour quelques néoruraux. L’avenir des villes lentes tient dans cette capacité à ne pas devenir un segment au sein du marché actuellement florissant des villes privées thématiques.

Cet hymne à la lenteur représente un formidable pied de nez au soubassement idéologique de notre société.

Comment ?

Les « Villes lentes » utilisent la technologie dans le but d’améliorer la qualité de l’environnement et du tissu urbain, et également pour la sauvegarde de la production d’aliments et de vins uniques qui contribuent au caractère de la région. Les villes qui souscrivent à cette action s’engagent à promouvoir un rythme de vie plus lent, inspiré des habitudes des communautés rurales, pour permettre aux citoyens de profiter de façon simple et agréable de leur propre ville.

Les « Villes lentes » mettent en valeur leur environnement, leur patrimoine bâti ou leurs traditions culinaires. En s’inscrivant dans le mouvement Cittaslow, les municipalités permettent le développement des contacts directs entre citoyens, entre les habitants et les touristes, entre les producteurs et les consommateurs.

Quoi ?

Le mouvement a donc débuté en Italie, où il s’est rapidement étendu à une cinquantaine de villes. Il est désormais actif sur le plan international. Les municipalités qui souhaitent participer, doivent souscrire à une charte qui comporte 6 axes d’action : l’environnement, les infrastructures, l’urbanisme, la mise en valeur des produits locaux, l’hospitalité et la sensibilisation de la population. Une fois qu’elles ont obtenu le label « Citta Slow », les municipalités s’engagent à ce que toutes leurs actions soient conformes aux exigences de la charte. Chaque année, un prix récompense une ville particulièrement méritante.

Comment devenir une ville lente

L’adhésion au réseau Cittaslow implique des améliorations concrètes de la qualité de vie des habitants dans les 6 domaines d’action de la charte, dont voici quelques exemples :

- pour améliorer l’environnement, des contrôles de la qualité de l’air sont instaurés, les ”villes lentes” mettent en place des plans de réduction du bruit, réfléchissent à la mise en œuvre de nouvelles technologies en matière de recyclage ;

- au niveau des infrastructures, des actions concrètes doivent être entreprises comme le développement d’espaces verts, de pistes cyclables, mais aussi un accès garanti aux handicapés, des toilettes publiques gratuites. Les municipalités s’engagent également à avoir des horaires cohérents ;

- l’urbanisme fait aussi partie des enjeux des villes Cittaslow, afin de mettre en avant le patrimoine, les mairies sont invitées à réaliser des plans de réhabilitation des bâtiments historiques, à mettre en valeur les centres-ville historiques, et préféreront l’utilisation de produits recyclés dans leurs aménagements ;

- le patrimoine comprend également les produits locaux et la culture. Pour faire (re)découvrir ce pan du patrimoine la création de marchés des produits locaux est une initiative très intéressante, tout comme le soutien aux manifestations culturelles traditionnelles. Afin de garantir la qualité de ces produits, les municipalités sont amenées à créer des labels de qualité, notamment pour l’agriculture biologique. Il est également du ressort des municipalités d’améliorer la qualité de l’alimentation des restaurants scolaires et municipaux ;

- pour développer l’hospitalité prônée par Cittaslow, ces villes doivent installer des panneaux signalétiques internationaux, des parcours guidés touristiques, des parkings surveillés à proximité des centres-ville. Les mairies sont aussi responsables du contrôle des prix des hôtels et des restaurants ;

- la sensibilisation des habitants, des touristes mais aussi des entreprises est requise. Des cours d’éveil au goût dans les écoles peuvent être mis en place afin que les enfants ne soient pas oubliés. Il est important aussi de faire la promotion de programmes comme les activités de loisirs pour les familles, les visites à domicile pour les aînés et les malades.

Quelques exemples

En 7 ans, de nombreuses avancées sont à enregistrer…aussi bien d’un point de vue économique (avec très souvent, le développement d’un tourisme responsable) qu’en matière d’environnement. Le réseau qui regroupe plus de 100 villes de moins de 60.000 habitants réparties dans 10 pays, permet de partager des idées et des expériences.

Ainsi, à Orvieto (Italie), le réseau de bus a été densifié, des parkings ont été construits aux bords de la ville et des zones piétonnes et pistes cyclables ont également vues le jour. A Waldkirch, en Allemagne, c’est un parc d’activité, mixant aussi bien des habitations que des bureaux, qui est sorti de terre avec une approche bioclimatique : orientation des bâtiments, toitures végétales, récupération des eaux de pluie, géothermie, isolation renforcée, matériaux « propres »…

En Espagne, à Palafrugell, c’est un programme ambitieux de sensibilisation des citoyens à la gestion des déchets et au compost qui a été mis en place. En Nouvelle Zélande, c’est une communication pratique orientée vers les citoyens pour lutter contre le réchauffement climatique qui a été mise en place !

Au final, ces villes, tout en ayant parfaitement conscience du monde dans lequel elles vivent, ont réussi à se développer de manière harmonieuse et beaucoup plus en phase avec leur environnement.

A l’approche des élections municipales, en France, j’espère que certains prétendants auront comme ambition de rejoindre ce mouvement des « villes lentes » car au final, l’économie locale est renforcée, les habitants se sentent mieux dans leur environnement et des projets ambitieux peuvent être lancés.

Alors, à votre avis, quelle sera la première ville française à se lancer dans cette direction?

( Ndlr: Article datant de 2008, depuis, en France la première ville de France labellisée Città Slow  est Segonzac )

Sources

Ariès, Paul, «Un frein à la vitesse », Relations, août 2006 (702), p. 20-23.
Ariès, Paul, « Des villes lentes, vite !« , Journal La décroissance N°47–mars 2008 : Ralentir la ville.
Oui aux villes lentes !, ecolodujour.com.
Un immense désir de tout ralentir…, revolution-lente.com.
« Slow Life » – une méthode contre le stress ?, arte.tv.

Sites officiels

www.cittaslow.net, le site officiel des villes lentes en italien et en anglais
www.cittaslow.org.uk, le site des villes lentes en Grande-Bretagne (en anglais)
www.slowmovement.com, le site officiel du mouvement slow (slow food, slow cities, slow schools, etc.)
www.slowfood.fr, Mouvement International Slow Food (version française)

Car Free

Article source : http://fortune.fdesouche.com/278138-cittaslow-les-villes-lentes-contre-la-frenesie-automobile

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